jeudi 13 novembre 2014

Je.



J’existe. Je. Une idée si puissante qu’elle nous conquiert sans jamais avoir besoin de défendre son point. Mais comment peut-on le prouver, comment peut-on seulement avancer cette théorie. Lui, il n’y croyait pas, et pas du tout. Ce n’était pas parce qu’il pense qu’il peut être certain d’exister. Même si lui existe, qu’est-ce qui lui dit qu’il n’est pas le seul?

Jeune, il avait cherché son existence dans la différence. Si le monde peut retenir son nom, alors c’est qu’il est bien quelqu’un. Bien entendu, il est difficile d’être unique dans une marée de gens qui ont les mêmes intentions que lui. Même si tous les flocons du monde sont différents, au final, on ne se rappelle jamais de l’un d’entre eux en particulier. Pour atteindre son but, il était devenu le plus excentrique, le plus étrange de ses compères. 
 
On chuchotait son nom quand il arrivait, comme s’il était un évènement. À mesure que le temps avançait, il avait un problème avec cette logique. Le monde ne le prenait plus comme une personne, mais comme un objet. À force de mimer un personnage, il avait oublié qu’il ne pouvait être quelqu’un sans émotion. Je ne resterai pas différent.

Plus tard, il décida de devenir le meilleur. S’il pouvait devenir si bon dans un domaine particulier, les gens ne pourraient faire autrement que de le connaître. Alors, il excella en publicité. Il était graphiste en fait, et il était bon que toute les compagnies de la province de l’arrachaient. Aussitôt qu’il rentrait dans un contrait, la corporation devenait le sujet du moment. Mais il en vint au même problème que la première fois. Tout le monde l’appelait le graphiste, et plus personne ne le voyait autrement que pour son travail. On ne lui parlait jamais de lui, on lui parlait de ses idées. Il était maintenant ses propres publicités. Je n’excellerai pas.

Peut-être alors que la richesse et la puissance, dans une société qui les valorisaient tellement,  pourraient l’aider. Il resta donc en publicité, mais il partit sa propre compagnie. Comme il était déjà très bon, et que tout le monde retenait son génie de graphisme, son projet avança à grand pas. Il devint une des personnes les plus riches de la province. Mais encore là, il était sa compagnie, mais toujours pas lui-même. Je ne serai pas puissant.

Au bout d’un certain temps, il se fatigua d’être tout ce qu’il pouvait pour être lui-même. Enfin, il était même fatigué de la vie, alors qu’il approchait de 70 ans. Un jour qu’il discutait avec un inconnu, sur un banc de parc, il eut un choc.

Oui, tu n’es personne. Un simple boulon dans une machine qui roule déjà très bien. Mais regarde toi, tu as passé ta vie à te prendre pour un autre, si bien que tu n’as pas d’amis, plus de famille, plus de camarades. Tu as toujours pensé de la vie en tant que chose, et jamais en tant que personne. La seule chose qui fait que tu existes, c’est les autres.