Sous un long soupir désespéré, il se tira
de l'autre monde. Les gens continuaient de mourir nuit après nuit, quand il
fermait les yeux. Ils les voyaient agonisé, souffrir, sans qu'il puisse rien
n'y faire. Et le matin, tout le monde était en vie. C'était de plus en plus dur
de faire une différence, de faux souvenirs s'enroulant tristement autour d'un
passé tissé de manière hasardeuse.
Chaque fois qu'il les revoyait, il les
voyait déchiré, disloqué, proche d'une fin. Pourtant, rien. Pire que tout, il
la voyait mourir encore et encore. Elle qui comblait ses pensées. Qui faisait
marcher son cœur et ses poumons.
Alors, il essayait de s'en détacher. Il ne
devait pas le nier, il ne pouvait le faire, ce n'était pas normale. Torturer
par ses pensées. Mais ce soir-là, c'était différent. Non pas que personne était
morte, au contraire, il avait souvenir d'une multitude de cauchemars, qui ne le
finissait jamais. Mais quand il se réveilla, il n'était pas seul. Son cerveau
n'aurait pas pu le certifier, mais cette nuitée-là, il n'avait point le
contrôle, ses yeux et son cœur battant faisait office de chef de bord.
Car
devant lui était assise paisiblement la mort. Un masque noir, avec seulement un
sourire blanc et de grands yeux rouges. Une longue faux traînant entre des
doigts gantés. Il ne pouvait pas mourir. Tout le monde le disait, tout le monde
le pensait. Lui, il ne songeait qu'à savoir pourquoi. Pourquoi avait-il côtoyé
si longuement la mort avec qu'elle l'attire avec elle. D'une voix douce,
presque minutieuse, elle lui donna tort. Elle ne venait pas le chercher. Elle
venait s'occuper. Elle aussi voyait son œuvre de façon horrible, était épuisé
par ce fardeau. Mais pourquoi devait il en subir les effets, et surtout
pourquoi lui, ne se détachant de personne d'aucune manière. Et elle haussa des
épaules.
Tu sais, dit-elle, je ne contrôle pas grand-chose.
C'est la nature qui en décide ainsi. Moi, je ne veux que parler avec un
semblable.
Il hésita un peu, s’éclaircit la voix, puis demanda vaguement si
quelqu'un qu'il connaissait aller subir le passage demain. Encore une fois, ne
sachant pas trop, elle haussa les épaules, mais en revanche lui tendit un
papier. C'est les gens du coin qui vont mourir lui fit elle comprendre. Il fut
soulager de voir aucun nom lui rappelant quelque chose. C'est ainsi qu'ils
discutèrent tout au long de la nuit, sur un peu de tous les sujets. Elle en
savait beaucoup, mais ressentait très peu. Il en était tout le contraire, mais tous
deux étaient fatiguer de la fin.
Au
matin, elle reparti, il l'invita à revenir. Puis, il se réveilla. Il aurait cru
que ce n'était qu'une déviation originale de ses habituels cauchemars, mais la
nuit suivante, il pria son retour. Bien sûr, que ferait-elle d’autre. Et ce fut
le début d'une histoire, unique et pourtant si universelle. Il ne faisait plus
de cauchemar, plus que d'enlevante discussion avec une amie. Mais un soir, elle
arriva gênée, presque intimidé. Elle lui tendit un papier. Un de ses amis
allait mourir demain. Il hocha de la tête, comprenant qu'elle ne pouvait rien
n'y faire. Les gens devaient mourir. Elle lui fit un marcher, si il ne le
voyait pas à partir de 17h, elle ferait en sorte que sa mort soit paisible.
Elle ne voulait pas faire cela devant lui, c'était impensable.
Il accepta. Le lendemain, il passa la
journée avec son ami, puis l'heure venu, les deux partis dans leur direction,
dont l’un, a jamais. Il ne vit jamais quelqu'un passé, sous ses yeux, de toute
sa vie. Beaucoup de gens le quittèrent, bien évidemment, mais jamais ce fut
devant lui. Il savait quand les gens allaient partir, mais ça ne le dérangeait
plus, il avait déjà vécu cela, la nuit, avant elle.
A un
très vieil âge, il mourut. En paix, comme tous ses proches, dans son sommeil.
Il sourit, c'est la première fois qu'il voyait quelqu’un passé, en plus de
cinquante ans. Mais ce n'était pas mourir, c'était retrouvé une vieille amie,
et allé prendre un café...ailleurs.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire