Chaque époque et chaque peuple a eu ses propres guerres, de la
violence concentrée pour des enjeux qui échappent à l'esprit de gens
comme moi. Les gens souffrent et personne ne peut le nier. Pour moi, les
armes sont une folie et leurs partisans,
des passionnées morbides qui vénèrent la connerie humaine. Les meurtres
en sont une preuve évidente, des gens qui ont décuplés le sentiment de
puissance versus le monde.
Bref, je me suis toujours éloigné de ces objets, mais lorsque tu roules au sens contraire du monde, il finit par nous rattraper. Cette journée, il m'a rattrapé sous un bout de papier, la conscription.
Le
pays était rentré en guerre pour une obscure raison et on avait demandé
à tous les hommes de se battre. Je n'ai pas pu échapper à l'ensemble.
Si bien que quelques semaines plus tard, nous étions dans les tranchées,
à attendre que l'ennemi fasse
quelque chose ou que des ordres viennent d'en haut. Mais les ennemis
devaient être probablement aussi terrifié que nous l'étions. Mes
camarades avaient peur de mourir, j'avais peur de vivre en ayant tué.
Un
jour, on entendit des hurlements, des cris venant de bien profondément.
C'était l'ennemi qui avait rassemblé un peu de courage. Il fallut les
armes, courir, se cacher. Mais je n'ai pas pu appuyer la gâchette.
Jusqu'à ce que l'un d'entre eux me renversèrent et pointe son canon sur mon visage.
J'ai tiré. Mais
quelque chose dans mon esprit m'a fait dire que tout cela, c'était
correct. J'avais été obligé de tirer, la nation me l'avait ordonné. Ce
n'était pas moi qui l'avais tué, c'était le pays.
À partir de ce
moment, j'ai commencé à faire ce que l'on me demandait, tué sans poser
de question. Je m'étais adapté à un autre corps, j'avais le pouls de
toute la nation. Je ne tuais pas, mais je suivais le pays.
Quand je suis rentré dans le pays, je ressentais encore ce pouls. Un
battement solennel, régulier, qui me faisait vivre. Je me suis dit que
si j'achetais une arme, ça passerait, que je n'entendrais plus ce
rythme. Mais non, il n'a jamais disparu.
Ça m'a échappé, désolé.
J'ai tué mon voisin, de l'appartement dans haut. Je n'ai rien ressenti,
car ce n'était pas moi qui l'avais tué, c'était un battement régulier un
battement d'un peuple. La nation ne voulait plus de lui, elle me l'a
chuchoté.
Naturellement, je ne me suis pas enfui, a quoi bon, ce
que j'avais fait était bien. Les policiers n'ont pas bien compris. Je me
suis fait enfermé. Le juge non plus, il m'a envoyé dans un asile. Il
était tous fou, je les ai tués, il ne se conformait pas à la nation. Il
était des rebelles, je devais le faire.
Ils m'ont mis en
isolement, seul, dans le noir. Et dans ce noir, le battement n'a pas
survécu, il s'est éteint. Un nouveau est apparu, celui de mon propre
coeur. Il était faible, il était malade. Les gardiens de l'asile me
retrouvèrent mort cette soirée là. Je ne m'étais pas tué, la nation
l'avait fait.
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